
Retatrutide : déjà la fin de Mounjaro et Wegovy ?
En France, 10 millions d'adultes sont en situation d'obésité, soit 18,1 % de la population — un chiffre qui a plus que doublé depuis 1997 (étude OFEO 2024). L'arrivée du sémaglutide (Wegovy) puis du tirzépatide (Mounjaro) a bouleversé la prise en charge. Mais une nouvelle molécule pourrait rendre ces traitements obsolètes avant même qu'ils soient pleinement accessibles : le retatrutide (LY3437943), développé par Eli Lilly.
Premier triple agoniste des récepteurs GIP, GLP-1 et glucagon, cette nouvelle piquûre pour perdre du poids affiche des résultats sans précédent. Présenté comme le prochain « médicament pour maigrir » de référence, le retatrutide fait parler bien au-delà des cercles médicaux. On décrypte.
Pourquoi 3 cibles valent mieux que 2 (et que 1)
Pour comprendre l'intérêt du retatrutide, il faut comparer les trois générations de traitements. Pour une vue d'ensemble de cette classe thérapeutique, consultez notre guide complet sur les agonistes GLP-1.
Sémaglutide (Wegovy/Ozempic) : 1 cible
Le sémaglutide n'active qu'un seul récepteur, celui du GLP-1. Il agit sur :
La satiété : ralentissement de la vidange gastrique + action sur les centres hypothalamiques de l'appétit
L'insuline : stimulation glucose-dépendante
Résultat : -14,9 % de perte de poids à 68 semaines (essai STEP 1, NEJM 2021)
Tirzépatide (Mounjaro/Zepbound) : 2 cibles
Le tirzépatide active deux récepteurs : GIP + GLP-1. Le GIP amplifie :
L'effet incrétine (meilleure réponse insulinique)
La sensibilité à l'insuline dans le tissu adipeux
La mobilisation des graisses comme source d'énergie
Résultat : -20,9 % à 72 semaines (SURMOUNT-1, dose 15 mg), et supériorité directe sur le sémaglutide dans SURMOUNT-5 (-20,2 % vs -13,7 %)
Retatrutide : 3 cibles
Le retatrutide est un peptide de 39 acides aminés qui active simultanément GIP + GLP-1 + glucagon. L'ajout du récepteur du glucagon change la donne :
Dépense énergétique accrue : le glucagon stimule la thermogenèse et l'oxydation des acides gras. Le corps brûle plus de calories, même au repos.
Lipolyse hépatique : le glucagon diminue la lipogenèse et favorise la dégradation des graisses stockées dans le foie.
Réduction de l'appétit : effet complémentaire aux deux autres récepteurs.
Oxydation des graisses : augmentation de la respiration mitochondriale via la signalisation hépatique.
En résumé : le sémaglutide coupe l'appétit. Le tirzépatide coupe l'appétit ET améliore le métabolisme de l'insuline. Le retatrutide fait tout ça, PLUS il augmente la dépense énergétique et brûle activement les graisses. C'est cette troisième composante qui explique l'écart de performance.
Les résultats cliniques : des chiffres historiques
Phase 2 (NEJM, 2023)
338 participants, IMC ≥ 30 (ou ≥ 27 avec comorbidité), sans diabète, 48 semaines :
Dose | Perte de poids |
|---|---|
1 mg | -8,7 % |
4 mg | -17,1 % |
8 mg | -22,1 % |
12 mg | -24,2 % |
Placebo | -2,1 % |
À 48 semaines, la courbe n'avait toujours pas atteint de plateau — un traitement plus long aurait produit des résultats encore supérieurs.
Phase 3 : le programme TRIUMPH
Quatre essais, plus de 5 800 participants au total :
Essai | Population | Statut |
|---|---|---|
TRIUMPH-1 | Obésité sans diabète (+ sous-études apnée du sommeil, arthrose) | En cours, résultats 2026 |
TRIUMPH-2 | Diabète type 2 | En cours, résultats 2026 |
TRIUMPH-3 | Obésité + maladie cardiovasculaire (~1 800 patients) | En cours, résultats 2026 |
TRIUMPH-4 | Obésité + arthrose du genou (445 patients) | Terminé — décembre 2025 |
TRIUMPH-4 : -28,7 % de perte de poids
Chez 445 adultes obèses avec arthrose du genou, à 68 semaines :
Perte de poids : -26,4 % (9 mg) et -28,7 % (12 mg), soit -32,3 kg en moyenne à dose maximale
Douleur arthrosique : -75,8 % du score WOMAC (douleur)
Pression artérielle systolique : -14 mmHg
Amélioration du cholestérol non-HDL, des triglycérides et de la CRP
Comparatif des molécules (inter-essais)
Molécule | Mécanisme | Perte de poids max | Durée |
|---|---|---|---|
Retatrutide | GIP/GLP-1/Glucagon | -28,7 % (Phase 3) | 68 sem |
Tirzépatide | GIP/GLP-1 | -20,9 % | 72 sem |
CagriSema | GLP-1 + amyline | -22,7 % | 68 sem |
Sémaglutide | GLP-1 | -14,9 % | 68 sem |
Les comparaisons inter-essais sont indicatives. Les populations et designs diffèrent.
Diabète type 2 : des résultats glycémiques exceptionnels
Un essai de phase 2 chez 281 patients diabétiques (HbA1c moyenne 8,3 %), publié dans The Lancet 2023 :
Dose | Réduction HbA1c | Patients ≤ 6,5 % | ≥ 15 % perte de poids |
|---|---|---|---|
4 mg | -1,39 % | ~60 % | ~30 % |
8 mg | -1,78 % | ~77 % | ~57 % |
12 mg | -2,02 % | ~82 % | ~63 % |
Dulaglutide (comparateur) | -1,41 % | ~55 % | ~9 % |
Placebo | +0,01 % | ~10 % | ~3 % |
82 % des patients atteignant l'euglycémie à dose maximale, c'est un profil glycémique potentiellement supérieur au tirzépatide.
À lire aussi sur le blog Preskri : notre guide complet du régime alimentaire pour diabétique type 2 et notre article sur tous les médicaments du diabète de type 2 en 2026.
Effets secondaires : ce qu'il faut savoir
Les effets gastro-intestinaux
Comme toute la classe des incrétinomimétiques, les effets digestifs sont les plus fréquents, surtout à l'escalade de dose :
Effet | Placebo | 4 mg | 8 mg | 12 mg |
|---|---|---|---|---|
Nausées | ~10 % | ~25 % | ~45 % | ~60 % |
Diarrhée | ~10 % | ~20 % | ~30 % | ~40 % |
Vomissements | ~5 % | ~10 % | ~15 % | ~25 % |
Constipation | ~5 % | ~15 % | ~20 % | ~25 % |
Bonne nouvelle : la majorité sont légers à modérés et transitoires (4 à 8 semaines). Démarrer à 2 mg au lieu de 4 mg réduit significativement ces effets.
Le signal de sécurité nouveau : la dysesthésie
Phénomène non observé en phase 2, apparu en phase 3 :
Dysesthésie (sensations anormales au toucher) : 8,8 % (9 mg), 20,9 % (12 mg), contre 0,7 % sous placebo
Généralement sans arrêt de traitement, mais un signal surveillé de près
Comparaison avec Mounjaro et Wegovy
Wegovy | Mounjaro | Retatrutide 12 mg | |
|---|---|---|---|
Nausées | ~44 % | ~30 % | ~43-60 % |
Diarrhée | ~30 % | ~21 % | ~33-40 % |
Arrêt pour EI | ~7 % | ~7 % | ~16-18 % |
Profil GI globalement comparable, mais taux d'arrêt plus élevé — en partie lié à la perte de poids elle-même, parfois jugée excessive par les participants.
Au-delà de la perte de poids : des bénéfices multiples
Stéatose hépatique : résultats spectaculaires
Sous-essai publié dans Nature Medicine 2024 :
Réduction de la graisse hépatique : -86 % à 48 semaines (dose 12 mg)
Résolution de la stéatose (< 5 % de graisse hépatique) chez plus de 85 % des patients
Attribué à l'action spécifique du glucagon sur l'oxydation des graisses hépatiques
C'est l'un des effets thérapeutiques les plus importants jamais rapportés pour la stéatose hépatique.
Arthrose du genou
TRIUMPH-4 : -75,8 % du score de douleur. La perte de ~30 % du poids réduit mécaniquement la charge articulaire.
Santé cardiovasculaire
Pression artérielle -14 mmHg, baisse du cholestérol non-HDL, des triglycérides et de la CRP. L'essai TRIUMPH-3 (1 800 patients cardiovasculaires) évaluera spécifiquement les événements majeurs.
Apnée du sommeil
TRIUMPH-1 inclut un protocole dédié. Résultats attendus en 2026.
Quand pourra-t-on l'obtenir en France ?
Étape | Date estimée |
|---|---|
Fin des essais TRIUMPH | Janvier – mai 2026 |
Publication résultats complets | Courant 2026 |
Soumission FDA | Fin 2026 – début 2027 |
Approbation FDA | Fin 2027 – début 2028 |
Soumission EMA | 2027 |
Approbation EMA | 2028 |
Négociation prix France (CEPS) | 2028-2029 |
Disponibilité en France | Pas avant 2028-2029 au plus tôt |
À noter : Eli Lilly a annoncé un investissement de 160 millions d'euros sur son site de Fegersheim (Alsace) pour produire du Mounjaro. Mise en service mi-2026, objectif 100 millions d'unités/an d'ici 2030. Ce site pourrait être adapté pour le retatrutide.
La concurrence : une course acharnée
Molécule | Labo | Mécanisme | Voie | Perte max | Phase | Calendrier |
|---|---|---|---|---|---|---|
Retatrutide | Eli Lilly | GIP/GLP-1/Glucagon | Injection hebdo | -28,7 % | Phase 3 | FDA ~2027 |
CagriSema | Novo Nordisk | GLP-1 + amyline | Injection hebdo | -22,7 % | Soumission FDA | ~fin 2026 |
Orforglipron | Eli Lilly | GLP-1 oral | Comprimé quotidien | -12,4 % | Phase 3 terminée | ~2026-2027 |
Survodutide | Boehringer | GLP-1/Glucagon | Injection hebdo | -19 % | Phase 3 | ~2027-2028 |
Amycrétin | Novo Nordisk | GLP-1 + amyline | Injection ou oral | -14,5 % | Phase 2 | ~2028+ |
Pemvidutide | Altimmune | GLP-1/Glucagon | Injection hebdo | -15,6 % | Phase 2b | ~2028+ |
CagriSema est le plus proche du marché mais n'a pas atteint son objectif de ≥ 25 % et a échoué face au tirzépatide en comparaison directe.
Orforglipron est la révolution de la voie orale : moins efficace que les injectables, mais l'absence d'injection est un avantage majeur pour l'observance.
Pemvidutide se distingue par une meilleure préservation de la masse maigre (seulement 21,9 % de la perte vient du muscle, contre jusqu'à 40 % avec d'autres traitements).
Pénuries en France : où en est-on ?
Depuis fin 2023, la France a connu des tensions majeures sur les analogues du GLP-1, causées par l'explosion de la demande mondiale (y compris le mésusage pour mincir).
Chronologie :
Décembre 2023 – avril 2025 : pénurie sévère d'Ozempic. L'ANSM a restreint les nouvelles initiations et mis en place un contingentement.
Mai 2025 : Ozempic de nouveau disponible en pharmacie.
Février 2026 : approvisionnement rétabli pour Ozempic, Wegovy et Mounjaro.
Mesures de l'ANSM :
Stock de sécurité obligatoire de 4 mois pour Ozempic et Victoza
Formulaire d'accompagnement obligatoire pour chaque ordonnance d'analogue GLP-1
Comité scientifique temporaire (5 réunions depuis décembre 2023)
Prix et remboursement : le parcours du combattant
Médicament | Indication | Prix mensuel | Remboursement |
|---|---|---|---|
Wegovy | Obésité | 160 à 360 €/mois | Non remboursé (négociations en cours) |
Mounjaro | Diabète type 2 | Variable | Remboursé à 65 % |
Mounjaro | Obésité | ~200 à 300 €/mois | En cours de négociation |
Ozempic | Diabète type 2 | ~90-130 €/mois | Remboursé à 65 % |
Conditions HAS pour le remboursement
IMC initial ≥ 35 kg/m² (et non 30, contrairement à l'AMM)
En seconde intention : après échec d'une prise en charge nutritionnelle (< 5 % de perte à 6 mois)
En complément d'un régime et d'une activité physique
Depuis juin 2025, tout médecin peut prescrire Wegovy, Mounjaro et Saxenda (plus seulement les spécialistes). Ça a corrigé les inégalités géographiques d'accès.
Pour le retatrutide : pas d'AMM, donc pas de prix. Mais vu son positionnement "meilleur de la classe", attendez-vous à un prix au moins équivalent au Mounjaro.
Mésusage : le problème du détournement
Le détournement des analogues GLP-1 pour perdre du poids "par confort" (sans obésité ni diabète) est un phénomène mondial, alimenté par TikTok et les témoignages de célébrités.
En France, le mésusage d'Ozempic est estimé à ~1 % des prescriptions — modéré mais suffisant pour avoir contribué aux pénuries.
Les risques : nausées sévères, pancréatite, malnutrition, troubles du comportement alimentaire aggravés, usage sans suivi médical.
Les mesures : formulaire obligatoire du prescripteur, bilans trimestriels des labos à l'ANSM, études pharmaco-épidémiologiques (Epi-Phare), lutte contre la vente en ligne illégale.
Ce qu'en disent les experts français
SFD (Société Francophone du Diabète, 2025)
Dès le grade 1 de l'obésité (IMC ≥ 30), un agoniste GLP-1 ou double agoniste GIP/GLP-1 est préconisé
Chez les patients à haut risque cardiovasculaire, GLP-1 recommandé quel que soit le taux d'HbA1c
Alerte spécifique chez les sujets âgés : risque de dénutrition
SFE (Société Française d'Endocrinologie, 2024)
Reconnaît que les triples agonistes permettent 15 à 24 % de perte de poids
Insiste sur le phénotypage précis de chaque patient (l'IMC seul ne suffit pas)
Priorité à la préservation de la masse maigre
OMS (décembre 2025)
Recommandation conditionnelle favorable aux analogues GLP-1 chez les adultes obèses (IMC ≥ 30)
Dans le cadre d'une approche globale (alimentation, activité physique, suivi médical)
Prudence : données limitées sur l'innocuité à long terme et l'équité d'accès
Le débat sociétal
L'obésité est une maladie (classée par l'OMS depuis 1997), mais une partie de l'opinion continue de la voir comme un défaut de volonté. Les analogues GLP-1 prouvent que l'obésité a des bases biologiques traitables.
Les inégalités d'accès sont criantes : l'obésité est deux fois plus fréquente chez les plus modestes, mais les traitements coûtent 200 à 360 €/mois et ne sont pas (encore) remboursés.
Le traitement est à vie : toutes les données montrent qu'à l'arrêt, le poids remonte. Ces médicaments ne guérissent pas, ils contrôlent.
Le coût pour le système de santé : avec 10 millions d'obèses en France, le remboursement généralisé serait colossal. Mais l'obésité non traitée coûte déjà énormément (diabète, cardiovasculaire, cancers, apnée).
Alors, la fin de Mounjaro et Wegovy ?
Non. Pas dans ces termes.
Le retatrutide est la molécule anti-obésité la plus puissante jamais testée chez l'humain. Ses résultats sur la stéatose hépatique (-86 %), l'arthrose, la pression artérielle en font un candidat à des indications bien au-delà de la perte de poids.
Mais :
Il n'arrivera pas avant 2028-2029 en France. D'ici là, Mounjaro et Wegovy auront le temps de s'installer.
Le signal de dysesthésie (20,9 % à 12 mg) est un point d'attention.
L'avenir est à la palette thérapeutique : orforglipron oral pour ceux qui refusent l'injection, sémaglutide pour les profils modérés, retatrutide pour les obésités sévères ou la stéatose avancée.
L'accès reste le vrai problème : en février 2026, Wegovy n'est toujours pas remboursé en France.
Le retatrutide n'enterre pas Mounjaro et Wegovy. Il annonce l'avènement d'une médecine de précision de l'obésité, où la question ne sera plus "peut-on traiter l'obésité ?" mais "quel traitement pour quel patient, et qui pourra se le payer ?".
FAQ
Le retatrutide est-il déjà disponible en pharmacie ?
Non. Il est encore en essais cliniques de phase 3. Première disponibilité estimée : 2027-2028 aux États-Unis, 2028-2029 en France.
Peut-on participer aux essais cliniques ?
Les essais TRIUMPH sont en cours dans plusieurs pays, dont des sites européens. Consultez ClinicalTrials.gov ou le registre européen (CTIS) pour vérifier les centres recruteurs.
Le retatrutide remplacera-t-il complètement Wegovy et Mounjaro ?
Probablement pas. L'avenir est plutôt à une palette de traitements adaptés au profil de chaque patient. Le retatrutide sera probablement réservé aux obésités les plus sévères ou aux patients avec stéatose hépatique.
Les effets secondaires sont-ils pires qu'avec les traitements actuels ?
Le profil gastro-intestinal est comparable. Le taux d'arrêt est plus élevé (~16-18 % vs ~7 %). Le signal de dysesthésie (20,9 % à 12 mg) est nouveau et surveillé.
Combien coûtera le retatrutide en France ?
Pas d'AMM, donc pas de prix. Mais au vu du positionnement premium, le prix sera au minimum équivalent au Mounjaro, voire supérieur. Le remboursement sera conditionné aux critères stricts de la HAS (IMC ≥ 35, échec nutritionnel préalable).
Y a-t-il un risque de pénurie comme avec Ozempic ?
Eli Lilly anticipe avec un investissement de 160 millions d'euros à Fegersheim (Alsace) pour la production. L'entreprise a tiré les leçons des pénuries d'Ozempic.
Le conseil Preskri
Si vous prenez déjà un traitement par analogue GLP-1 (Ozempic, Wegovy, Mounjaro, Trulicity...), le suivi régulier de votre prescription est essentiel. L'application Preskri vous aide à ne jamais oublier une prise et à suivre vos traitements au quotidien.
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Article mis à jour le 24 février 2026.
