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Compléments alimentaires et médicaments : les interactions dangereuses à connaître

Feb 24, 2026

Feb 24, 2026

Feb 24, 2026

Introduction

61 % des Français consomment des compléments alimentaires. Pourtant, 45 % le font en automédication sans en informer leur médecin (NutriNet-Santé, 79 786 adultes). Le marché a doublé en 10 ans pour atteindre 3 milliards d'euros en 2025 (Synadiet). Or certaines associations entre compléments et médicaments peuvent être mortelles : syndrome sérotoninergique, hémorragies, rejet de greffe, grossesse non désirée. Depuis 2009, l'ANSES a recensé plus de 5 000 signalements d'effets indésirables liés aux compléments alimentaires, dont 2 décès et 18 événements très graves. Voici les interactions les plus dangereuses à connaître.

Millepertuis : le complément le plus dangereux en interactions

Le millepertuis (Hypericum perforatum), utilisé contre la dépression légère et l'anxiété, est un puissant inducteur enzymatique hépatique. Son principe actif (l'hyperforine) accélère l'élimination de plus de 70 médicaments en activant le cytochrome P450 (CYP3A4).

Millepertuis + antidépresseurs (ISRS)

Risque de syndrome sérotoninergique (agitation, confusion, tachycardie, hyperthermie). Potentiellement mortel. Concerne la fluoxétine, la paroxétine, la sertraline, le citalopram.

Millepertuis + pilule contraceptive

Réduit l'efficacité de la contraception hormonale. Plusieurs cas de grossesses involontaires rapportés dans la littérature scientifique.

Millepertuis + anticoagulants (AVK, warfarine)

Diminue l'effet anticoagulant, augmentant le risque de thrombose.

Autres interactions majeures

Anti-VIH (trithérapie inefficace), immunosuppresseurs (rejet de greffe), triptans, digoxine, statines, certaines chimiothérapies.

Règle absolue : ne jamais associer le millepertuis à un médicament sans avis médical. Avant d'associer un complément à un traitement, vérifiez toujours votre notice : voici comment bien lire et comprendre une notice de médicament.

Magnésium + antibiotiques : l'absorption bloquée

Le magnésium (et le calcium, le zinc, le fer) se lie aux antibiotiques dans le tube digestif — dont la santé dépend de votre microbiote intestinal — par un mécanisme de chélation, formant un complexe insoluble. Résultat : l'antibiotique n'est plus absorbé.

Antibiotiques concernés : quinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine) et tétracyclines (doxycycline, tétracycline).

Risque : échec du traitement antibiotique et développement de résistances bactériennes.

Solution : espacer les prises d'au moins 2 heures. Idéalement : antibiotique au moins 2 heures avant et pas moins de 6 heures après le magnésium.

Pamplemousse + statines : le surdosage invisible

Le pamplemousse (fruit, jus et compléments à base d'extrait) contient des furanocoumarines qui inhibent de façon irréversible le CYP3A4 intestinal. Les médicaments ne sont plus métabolisés normalement, ce qui provoque un surdosage.

Avec les statines

  • Simvastatine : biodisponibilité augmentée de 1 500 % avec 200 ml de jus.

  • Atorvastatine : biodisponibilité augmentée de 200 %.

  • Risque : rhabdomyolyse (destruction musculaire potentiellement fatale).

  • Pravastatine et fluvastatine ne sont PAS concernées.

Avec les immunosuppresseurs

Ciclosporine, tacrolimus : toxicité rénale et infections opportunistes.

Un seul verre de jus peut inhiber le CYP3A4 pendant 3 jours. Les personnes de plus de 70 ans sont particulièrement à risque. Oranges amères, bergamotes et limes contiennent les mêmes molécules.

Fer + lévothyroxine : l'hypothyroïdie qui revient

Le fer chélate la lévothyroxine (Lévothyrox) dans le tube digestif, réduisant son absorption de 20 à 39 %. Même une faible quantité de fer dans un multivitamine peut interférer.

Risque : hypothyroïdie secondaire (fatigue, prise de poids, frilosité, ralentissement cognitif).

Solution : Lévothyrox le matin à jeun, fer au moins 4 heures plus tard.

Vitamine K + anticoagulants AVK : l'effet annulé

Les AVK (warfarine, fluindione, acénocoumarol) agissent en inhibant le cycle de la vitamine K. Si vous soupçonnez un déficit en vitamine D (souvent prise en complément), consultez notre article sur la carence en vitamine D : symptômes et solutions. Un supplément de vitamine K annule directement l'effet anticoagulant.

Risque : thrombose, AVC, embolie pulmonaire.

Les aliments riches en vitamine K (brocolis, épinards, choux) nécessitent aussi une consommation stable. L'INR doit être surveillé de près.

Zinc + Fer : la compétition dans votre stack

Le zinc et le fer partagent les mêmes transporteurs intestinaux. Pris en même temps, ils entrent en compétition et réduisent mutuellement leur absorption.

Solution : espacer les prises d'au moins 2 heures. Par exemple, fer le matin à jeun (mieux absorbé avec de la vitamine C) et zinc le soir au coucher.

Autres interactions à connaître

Ginkgo biloba + anticoagulants/antiplaquettaires

Propriétés antiplaquettaires du ginkgo, risque d'hémorragie. Arrêt recommandé au moins 2 semaines avant toute intervention chirurgicale (étude PLOS One 2025).

Oméga-3 + anticoagulants

Effet fluidifiant naturel sur le sang, risque hémorragique en association. L'EFSA considère qu'une supplémentation jusqu'à 5 g/jour ne pose pas de problème chez les personnes en bonne santé, mais la prudence s'impose chez les patients sous anticoagulants.

Curcuma + anticoagulants/antidiabétiques

La curcumine fluidifie le sang (risque hémorragique) et améliore la sensibilité à l'insuline (risque d'hypoglycémie). L'ANSES a recensé 98 signalements d'effets indésirables liés au curcuma, dont des cas d'hépatite avec des préparations surdosées.

Levure de riz rouge

Contient de la monacoline K, identique à la lovastatine (une statine). 25 signalements d'atteintes musculaires et hépatiques. L'EFSA (février 2025) considère que sa sécurité n'est pas établie même sous 3 mg/jour.

Le dispositif de nutrivigilance ANSES

L'ANSES gère un dispositif unique en Europe pour surveiller les effets indésirables des compléments alimentaires :

  • Plus de 5 000 signalements depuis 2009.

  • Environ 500 signalements par an.

  • 2 décès et 18 événements très graves entre 2016 et 2024.

  • 67 % des cas concernent des femmes, âge moyen 44 ans.

  • Produits les plus signalés : minceur (plus d'un tiers), capillaires, anti-cholestérol.

L'ANSES a mis en ligne une base de données inédite listant les risques de 118 plantes utilisées dans les compléments, premier outil de ce type en Europe.

À lire aussi sur le blog Preskri : notre article sur les conservateurs alimentaires (E200–E299) et ce qu'il faut vraiment en penser.

FAQ

Peut-on prendre des compléments alimentaires avec des médicaments ?
Pas toujours. Certaines associations sont dangereuses. Il faut systématiquement informer son médecin ou pharmacien de tout complément pris, même s'il semble anodin.

Le millepertuis est-il dangereux avec la pilule ?
Oui. Il réduit l'efficacité de la contraception hormonale en accélérant l'élimination des hormones. Des grossesses involontaires ont été rapportées.

Combien de temps espacer magnésium et antibiotiques ?
Minimum 2 heures, idéalement 4 à 6 heures. L'antibiotique doit être pris en premier.

Magnésium : matin ou soir ?
Les deux fonctionnent, mais le soir est souvent préférable. Le magnésium favorise la détente musculaire et peut améliorer la qualité du sommeil. Si vous prenez un antibiotique le matin, le soir est aussi la meilleure option pour éviter l'interaction par chélation. En cas de supplémentation en fer le matin, décalez le magnésium au soir pour éviter la compétition d'absorption. Seule exception : le magnésium peut être pris le matin si vous cherchez un effet anti-crampes pour la journée.

Ashwagandha : quand le prendre et quelles précautions ?
L'ashwagandha (Withania somnifera) se prend généralement le soir, car il favorise la réduction du cortisol et la détente. Certains le prennent le matin pour l'effet anti-stress au long de la journée — les deux sont valables. En revanche, attention aux interactions : l'ashwagandha peut potentialiser les effets des sédatifs et des anxiolytiques (benzodiazépines), renforcer l'effet hypoglycémiant des antidiabétiques, et interagir avec les hormones thyroïdiennes (il peut stimuler la thyroïde). Il est déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement. Parlez-en à votre médecin si vous prenez un traitement.

Les compléments "naturels" sont-ils sans risque ?
Non. Naturel ne signifie pas inoffensif. 75 % des compléments contiennent des plantes qui peuvent interagir avec des médicaments. Le millepertuis est une plante et pourtant il interagit avec plus de 70 médicaments.

Faut-il arrêter les compléments avant une opération ?
Oui. Le ginkgo biloba, les oméga-3, le curcuma et l'ail doivent être arrêtés au moins 2 semaines avant toute intervention chirurgicale en raison de leur effet anticoagulant.

Mon pharmacien peut-il vérifier les interactions ?
Oui. Le pharmacien dispose d'outils professionnels et l'ANSES a mis en ligne une base couvrant 118 plantes. Demandez systématiquement un avis avant d'associer un complément à un traitement.

Le conseil Preskri

Gérez votre stack de compléments dans Preskri pour savoir exactement quoi prendre et quand. Ajoutez vos compléments à côté de vos médicaments, espacez les prises automatiquement quand c'est nécessaire, et gardez un historique complet — idéal pour en parler à votre médecin. 45 % des Français ne disent pas à leur médecin qu'ils prennent des compléments. Ne faites pas cette erreur.

Télécharger sur l'App Store : https://apps.apple.com/fr/app/preskri/id6738043073

Sources :

  • Synadiet / Harris Interactive 2025 — Observatoire des compléments alimentaires

  • ANSES — Dispositif de nutrivigilance (>5 000 signalements)

  • ANSES février 2024 — Rapport curcuma (98 signalements)

  • EFSA février 2025 — Avis levure de riz rouge

  • VIDAL — Millepertuis, pamplemousse et interactions

  • PLOS One 2025 — Ginkgo biloba et risque hémorragique

  • ScienceDirect 2025 — Mise au point compléments alimentaires

  • ScienceDirect — Hypothyroïdie secondaire fer/lévothyroxine

  • NutriNet-Santé — Automédication (79 786 adultes)

  • Ameli.fr — Compléments alimentaires et effets indésirables

  • Pharmacomédicale.org — AVK et vitamine K

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